Le choc des formats

Ici à On a juste une vie, nous nous engageons à couvrir le jeu vidéo dans toute la diversité de ses formes. C’est pourquoi il me semble approprié d’y partager Greek & Wicked, reliant deux univers esthétiques pour le moins distincts, à savoir la série classique de jeux de poche Game & Watch et la superproduction contemporaine, ou plus spécifiquement: God of War. Blague simplette à consommer sans réfléchir? Vous pourriez être surpris.

Bien sûr, on aurait probablement tort d’attribuer des qualités de manifeste révolutionnaire à cette vignette Flash ludique et sans prétention. Subtilement satirique, le graphisme de Greek & Wicked fait sourire, tout comme la chaîne d’actions simpliste qu’il s’amuse à nous faire répéter jusqu’à ce que mort s’ensuive. Cela dit, la relecture effectuée par les deux Français de Swing Swing Submarine (aussi derrière l’ingénieux Tuper Tario Tros.) s’avère étonnamment perspicace. Quiconque a joué au premier volet de God of War reconnaîtra en effet l’affrontement avec l’Hydre qui en clôturait le prologue, mais à quoi cette familiarité est-elle due? L’écho est-il avant tout visuel, ou dépend-il plus directement des manipulations effectuées par le joueur? Qu’importe la réponse, Greek & Wicked dénude le design de God of War jusqu’au squelette, et nous renvoie au visage que pour toutes leurs envolées spectaculaires, le gameplay central de telles productions demeure ancré dans un modèle ne tirant pas nécessairement profit de la haute technologie à leur disposition. Car si l’apprivoisement ludique d’une série de tâches redondantes demeure passable dans le modeste cadre d’un jeu Web, une telle construction devient problématique lorsqu’elle constitue le centre d’un jeu se prétendant à la fine pointe du divertissement électronique. Quel degré de poudre aux yeux est-on prêt à accepter au nom de la sacro-sainte récréation? C’est la question que lance avec un clin d’oeil cette petite distraction.

Il faut dire que la série God of War est un spécimen chargé auquel on pourrait consacrer des pages entières. Laissons pour l’instant Greek & Wicked exprimer en quelques minutes un pan du problème que tant de mots ne parviendraient pas à résumer aussi nettement.

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