2010 en revue – Norrland


Peu importe ce qu’on pense du designer expérimental Jonatan Söderström (alias Cactus), le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’est calmé le pompon depuis un ou deux ans. L’hyperproductivité qui a fait sa renommée ne suffit plus à définir ni à justifier sa démarche brouillonne, et il est désormais possible de revenir sur ses efforts passés et tenter de comprendre ce que sa frénésie créative a bien pu vouloir signifier. On peut aussi accueillir chacune de ses nouvelles sorties comme un petit événement, alors qu’il était précédemment difficile de s’y retrouver. C’est de ce contexte plus reposé, et selon moi plus intéressant, que découle notamment Norrland.

Je ne crois pas que Norrland soit le chef-d’oeuvre de Cactus, si une telle chose doit exister un jour. Mais je suis convaincu qu’il s’agit de la manifestation la plus aboutie, et certainement la plus radicale, de son style distinctif. Les éléments de base sont facilement reconnaissables: dessin cru, bruitages criards, distorsion visuelle… Mais pour une fois, l’atmosphère crasseuse n’a d’égale que le design interactif pervers, qui détourne l’attention d’un jeu de plate-formes autrement très primitif.

Machinale, monotone, la progression latérale est entrecoupée de vignettes brèves, simulant les distractions typiques d’un chasseur de gros gibier: uriner, s’empiffrer, se masturber… Parmi ces intermèdes se glissent des séquences de rêve de plus en plus morbides, donnant à voir quelques délires franchement étonnants. Le viol sensoriel se poursuit jusqu’à ce que le protagoniste en ait lui-même ras-le-bol, et que le tout se conclue d’une façon pour le moins déroutante.

Ce que je trouve fascinant de cette création laide et irritante, c’est l’assurance avec laquelle Cactus déploie son arrogance. Aussi solides que soient certains éléments de jeu individuels (le chargement de la carabine au premier chef), la conception de Norrland ne correspond à aucun standard de « qualité » ou de « plaisir » traditionnel, et repose sur l’interruption constante d’une boucle ludique plutôt que sur son maintien confortable. C’est par la discordance entre ses composantes qu’il trouve sa propre cohérence tordue, et véhicule des sensations tout à fait hors du commun, dont le jeune Suédois demeure le maître.

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